décembre 10, 2006

L’automne annonce le retour des grandes gueules, il était temps !

gabetCa aurait pu être une assemblée générale tout à fait ordinaire ; témoin d’une gestion rigoureuse, d’un travail accompli avec une honnêteté, un acharnement exemplaire ; sans grand dessin de l’avenir, de vision prometteuse ou tout simplement d’objectifs. Une assemblée marquée du sceau de la discrétion, du désintérêt public.

Ca aurait pu être un énième simple changement d’entraîneur ; l’arrivée d’un discret, d’un homme du cru, d’un professionnel reconnu ; un objectif défini certes, mais sans gouaille et sans folie. Une arrivée marquée du sceau de l’humilité devant la tâche à accomplir.

Ca aurait pu certes, mais Philippe Guignard et Christian Constantin en ont décidé autrement, merci et respect Messieurs !

Ca faisait effectivement bien un automne que je m’emmerdais comme un rat mort à suivre l’actualité fade et sans contraste du sport romand ou suisse. Il y a bien entendu eu l’arrivée de CartonRouge.ch pour pimenter ce début d’hiver. Ses blogs, ses coups de gueule bienvenus, largement de quoi redonner un peu de profil à la platitude générale, tandis que les journaux traditionnels, gratuits et autres inquiets des TV régionales et nationales continuent eux de nous bassiner des mêmes constats sur le ton dépassionné d’un recul et d’une analyse prétentieusement prétendus.

Ca a commencé au LHC, où l’insipide Heikki Leime a été prié de faire ses valises. Son équipe sans âme traînait ses patins dans une patinoire presque déserte, désillusionnée. Puis il y eut Cadieux : un discours franc, le besoin avoué et sincère de retrouver, de bouffer la glace. La démonstration de passion d’un Canadien bien de chez lui, presque de chez nous, animé à l’âge de nos grands parents par la flamme. La reconstruction est en route, le chemin est encore long, mais on y croit, alors continue Cadieux, on en a besoin !

Puis il y eut Gabet. La grande gueule, l’animal, le fou, le con… Pense de lui ce que tu veux. Mais il lui aura fallu un verre de blanc et une poignée de main pour foncer ; une demi interview pour donner le ton, un demi entraînement pour s’imposer. Trois matches plus loin, il a redonné des couilles aux onze fillettes chères à Constantin, réussi un coup de poker et redonné le goût du foot. L’équipe se bat, combat ! L’avant match s’anime dans les journaux et les bistrots ne parlent que de foot et de lui… Merci Gabet !

Et puis jeudi dernier, il y a eu Guignard. L’entrepreneur, le moustachu, le carré ; la vision de l’homme passionné, le discours, le ton du rassembleur, la démonstration de force. Geiger démissionnaire, la moitié du chemin est faite à la Pontaise pour retrouver de l’ambition. Loin de moi l’idée de décrier l’incroyable travail de fond mené par Vité et Laydu. Leur abnégation est salutaire pour le club et leur bilan précieux. Mais force est de constater que depuis que Guignard est sorti du manège et que quelques «financiers» vous ont sournoisement refusé Gabet, la première équipe – à l’image du club peut-être – se morfond dans une suffisance qui empêche quiconque de se projeter.

Cette équipe justement s’est fichtrement traînée cet automne, sans révolte, sans âme ni passion ; sans personne non plus pour descendre dans le vestiaire à la mi-temps, sans leader pour hausser le ton. Dans cette nébuleuse, cette soupe de pois pour reprendre une expression du cru, il était temps que quelqu’un se manifeste, esquisse la voie à suivre et rassemble les troupes. Il était temps que quelqu’un agite les esprits, ouvre des perspectives, pose des questions, avec l’assurance et la présence du leader. Et tant pis si ce ne doit être que le show d’un soir.

Guignard, Gabet ou Cadieux ne sont pas des messies. Constantin n’a pas tout le temps raison. Et à cette courte liste, manquent bien évidemment Salvi et Bertine qui oeuvrent en tandem et offrent au Nord-vaudois une dynamique bienvenue et passionnée. Mais quand on voit à quelle vitesse les professionnels ou semi-professionnels de nos équipes préférées se déresponsabilisent aujourd’hui, il est temps que les grandes gueules débarquent. Il est temps qu’elles partagent leur passion, leur ambition, leurs projets, leurs coups de gueule. Qu’elles redonnent un peu de vie, un peu de couleur, un grand coup de pied dans le cul à cet automne pourri.

Le modèle est sans aucun doute imparfait, mais que les pisse-froid, les mesurés que l’on surprend trop souvent à se morfondre sur leur conditions passent l’hiver au chaud. Et qu’ensuite le printemps chante la gouaille, les projets et les coups de sang de nos grandes gueules !

octobre 29, 2006

A Malley pour revivre !

sectionouest4 avril 1995, un peu avant 22h, Malley chante, Malley danse, Malley tangue… Le chaudron est plein, surchauffé, l’ambiance indescriptible, magique… Nous sommes 12′000 chanceux, heureux de vivre l’une des plus belles soirées de l’histoire du sport lausannois. Sur la glace, Maxime Lapointe s’échappe, marque et vient s’écraser face au kop sur le plexiglas, les bras en croix… Comme une offrande d’une équipe extraordinaire à un public qui l’était tout autant, voire plus. Lapointe est aux anges, complètement hystérique, il vient de marquer le plus beau 8 à 0 de l’histoire du monde !

Malley s’embrasera définitivement à 10 secondes du terme de 60 minutes de pur bonheur. 20 minutes déjà que nous chantions la Ligue A. Le 4 avril 1995 est l’apogée d’une ascension extraordinaire, unique…

Deux relégations et une ascension plus loin, un jeune audacieux s’est lancé. Nous en avons tous parlé un jour, lui le fait. Il prend son bâton de pèlerin et tente de remplir Malley, bravo !

Que tous ceux qui étaient là ce 4 avril, que tous ceux qui ont vécu l’émotion d’un Malley plein à craquer, d’un Malley qui danse, d’un Malley qui tangue, viennent à pied, à cheval ou en voiture rejoindre l’ouest lausannois. Loin de la morosité actuelle, que donnerions-nous pour sentir à nouveau les gradins trembler, s’échapper sous nos pieds. Il n’existe pas une patinoire en Suisse où le son tourne, où le son descend sur la glace, où la puissance du kop inspire la crainte, impose le respect. Combien de joueurs suisses ou étrangers (et c’est important) ont avoué être entrés dans le chaudron et avoir timidement tournés, gambergés 2 ou 3 minutes avant de pouvoir débuter leur échauffement comme intimidé par la présence, le poids de la Section Ouest. C’était l’époque où le kop en imposait, réuni une heure avant le match. Cachés derrière le rideau des Lions d’alors, la pression montait, le spectacle se préparait pour triompher 15 secondes à l’entrée des joueurs.

«Malley frissonne» existe pour montrer que la passion n’est pas morte, qu’elle peut ressusciter et nous avons tous un rôle à jouer. Alors que tous ceux qui me lisent aujourd’hui envoient des mails à leurs amis, organisent des apéros, des rencontres ce samedi 4 novembre. Nous sommes bientôt quotidiennement 1′000 lecteurs uniques (!) sur CaronRouge.ch : si nous invitons tous nos potes, nos familles, nos enfants, nos cousins, nous le ferons c’est certain !

Dommage peut-être que le comité, lui, n’ait pas compris. Enferré dans ses chiffres qui ne tiendront jamais la route, il n’a certainement pas osé ouvrir ses oeillères, prendre la distance nécessaire. Oser 5 francs le billet plus un chapeau pour ceux qui le veulent bien. Redonner le goût, l’envie de revenir à Malley dans la durée, c’est rappeler à tous la foule massée dans les virages, les tifos et les chants du kop repris par les tribunes, bref, la passion. C’est inviter les parents à emmener leurs enfants qui en redemanderont ; c’est faire goûter les cakes de toutes les mamans du mouvement juniors ; c’est monter des stands à vraies saucisses pour que reviennent l’odeur des matches. 5 francs, pour que les virages soient bondés et ainsi capitaliser sur la seule valeur du club : son public. Et oser enfin 100, 200 ou 500 tribunes gratuites pour les entrepreneurs, les patrons de la région. Leur montrer que l’investissement en vaut la peine, que les infrastructures sont là, que le public est prêt à revenir, que l’ambiance y est unique.

Cette soirée aura peut-être enfin le mérite de nous faire oublier. Nous faire oublier un soir de 2005 où une bande de malhonnêtes, Tuomainen en tête, ont triché, ne patinant qu’à moitié, ne transpirant qu’à peine. L’affront fait en ce soir-là est impardonnable. Au nom de la passion, de l’amour des gens pour ce maillot, la mascarade était irrespectueuse. Irrespectueuse comme la présence maladroite, méprisante d’un membre du Conseil d’administration pressé de remercier sur la glace sa bande de tocards qui ont sali à jamais l’histoire du club. Comme un ultime doigt d’honneur au public d’une équipe, de dirigeants qui ne mesuraient à peine les conséquences d’un tel échec.

N’attendons pas 10 ans pour oublier ce triste soir et retrouvons-nous tous à Malley samedi prochain. Faisons la fête et chantons pour que revienne la magie ! Que Cadieux prépare ses joueurs, qu’il leur montre les vidéos de 1995 et que sous les casques également le feu revienne pour que le Lion rugisse plus fort que jamais… sur la glace et dans les tribunes et qu’ainsi Malley frissonne !

«Malley frissonne», le blog : http://malleyfrissonne.bleublog.ch 
Les plus belles vidéos : http://www.sectionouest.ch

octobre 23, 2006

Je reprendrais bien un peu d’hormones de croissance…

armstrong.jpg«Autre chose pour le petit-déjeuner Monsieur ?» «Eventuellement un peu d’hormones de croissance… Autant être prévoyant, nous avons 3 cols hors catégorie à franchir aujourd’hui.»

Petite scène sans aucun doute banale au matin d’une nouvelle étape du Tour de France. Dans le rôle du serveur, un médecin, un masseur ou n’importe quel autre membre du staff d’une équipe cycliste… Dans le rôle du client, Lance Armstrong, Floyd Landis ou n’importe quel autre coureur.

L’introduction est gratuite, peut-être pas tellement drôle et sans aucun doute facile. N’empêche qu’en cette fin de semaine, je me sens comme un peu remonté contre l’hypocrisie crasse du monde du cyclisme. Nous sommes jeudi, toujours sur la terre, et voilà que l’arrogant Lance Armstrong réapparaît sur les premières pages des quotidiens. Le Temps, Le Monde, Le Matin (hum…). Tous annoncent la sortie du livre qui lui est consacré «L.A. Officiel». Complément de la première enquête («L.A. Confidential»), cette fois-ci on en est sûr, il était dopé.

Parce qu’honnêtement quelqu’un en doutait ? Et de toute façon, qu’est-ce qui va changer ?

Dès l’arrivée des beaux jours, Jean-Marie Leblanc ou Christian Prudhomme, le nouveau patron, vont nous vendre leur «grande» boucle. Nous dire que les contrôles sont plus performants, qu’ils sont plus sévères. Avec un peu de bol, ils vont nous virer deux bonnes équipes 10 jours avant le départ, démontrant ainsi leur acharnement.

Leur acharnement est hypocrite, pathétique. Jean-Marie Leblanc est sans aucun doute avec Lance Armstrong le plus gros menteur de la petite reine. Lui était et est toujours au courant des pratiques. Ce n’est pas le seul, les journalistes aussi. Et les anciens champions, les ex-consommateurs, étaient-ils, sont-ils au courant (Richard Virenque mis à part bien entendu) ?

Alors que la crise couve, que de grands débats agitent la fédération internationale, que les contrôles positifs se multiplient, qu’attend-on aujourd’hui pour se mettre à table et vider son sac ? J’ai suivi 5 ou 6 Tours de France en mon temps, passionné, complètement accroc. Rominger nous soulevait tandis qu’on rêvait de voir un opticien, un chirurgien trouver la solution pour Zülle. En ce temps-là, je consacrais ma première lettre ouverte à Bertrand Duboux, exprimant combien ses commentaires m’étaient chers. Aujourd’hui, il n’y croit plus, désabusé, l’émotion n’y est plus. A quelques petites années de la retraite, il n’a aucune bonne raison de se mettre à table et de laisser tomber. Je le comprends et ne lui en veux pas.

Et j’entends déjà les malheureux : «Comment peut-on continuer à s’acharner sur ce sport ?» C’est vrai en fait, pourquoi la suspicion est-elle si forte ? Parce depuis le plus gros des affaires de dopage, la moyenne en kilomètres/heure des coureurs sur le Tour n’a cessé d’augmenter. Quand on sait, quand on écoute les médecins nous décrire les effets de l’EPO sur un sportif, comment croire qu’on puisse réaliser les mêmes performances avec un bon petit déjeuner aux pâtes et des épinards en barre ? Il faut être fou, hystérique et con pour croire encore que la grande boucle est autre chose qu’une diligence de hors-la-loi. Pour croire que ces pauvres coureurs ne sont autres que des cobayes, voués à se faire du mal, à passer tous les matins à la piqûre, à se faire changer le sang durant l’été, voués à claquer la cinquantaine bien tapée !

Alors voilà, jamais je ne remettrai en cause les efforts démentiels des coureurs. Jamais je ne monterai sur leur selle pour avaler les cols. Quand on sait que Tyler Hamilton s’est bouffé la moitié des dents durant le Tour, on n’a pas franchement envie d’en rigoler et on mesure la dimension de l’effort. Surtout lorsque l’on sait que le Tyler en question était également dopé.

Alors de deux choses l’une : ou l’on accepte que le Tour de France est un défilé de camés, au même titre qu’une bonne after dans la banlieue zurichoise, ou l’on fait table rase et, pour arriver au mois de juillet, on fixera le départ du Tour de France à Noël, comme le disait déjà Coluche en son temps.

Et qu’ainsi cesse l’hypocrisie et qu’ainsi le cyclisme retrouve passion, identité et crédibilité.

En attendant que tout le monde se mette à table, je reprendrais bien un peu d’EPO parce qu’à cette époque au moins les coureurs suisses étaient au top et Bertrand pleurait derrière son micro… et toi ?

octobre 12, 2006

Un samedi soir sur la terre

Vincent Delerm

Un samedi soir sur la terre chantait Francis Cabrel. Très bien, sauf que l’on est vendredi et que j’ai préféré le nouvel album de Renaud plutôt que la Star’Ac pour chanter dans mon salon. En dix ans, pas grand-chose a changé. Si ce n’est le Renard qui une, voire trois chansons mises à part, nous a pondu un recueil sans saveur. On est loin de l’époque où l’on croquait à pleines dents des galettes riches de bons sentiments et autres colères sincères. Bref, tout vieillit et tout se perd. Dommage qu’après ses cheveux grisonnants, il ait cru bon délaver son encre. Je suis dur, mais il acquiescerait c’est sûr.

Alors que faire ? Le nouveau Delerm ? Ok, c’est parti ! C’est donc le trentenaire parigot, de bonne famille et de bon ton, mal rasé quand même, qui m’accompagnera dans ce qui doit ressusciter une époque: Carton Rouge !

Alors quoi, tu te souviens ? Moi aussi. Nous étions tout juste post-boutonneux, passionnés de sports et peu préoccupés il est vrai des gesticulations maladroites et gauches de quelques blondes ou brunes, pas franchement intéressantes, pas vraiment excitantes non plus. Nous n’étions ni en avance, ni en retard, juste un peu décalés.

Alors que l’odeur de la photocopieuse a définitivement disparu de l’immeuble du haut de l’Avenue CF-Ramuz, alors que les mails nous évitent aujourd’hui de longues traversées de Lausanne à boguet le dimanche matin, nous remettons l’ouvrage sur le métier.

Mais qu’est-ce qui a changé ? Rien, serais-je tenté de répondre ou si peu. Sur le fond, je me donne raison, mais sur la forme, tout a changé, bien entendu ! Le sport lausannois, pardon le sport romand est mort. Il renaît difficilement de ses cendres. De Neuchâtel à Servette, de Gottéron au LHC, nous devons, supporters ou passionnés, accepter. Accepter l’échec, la déception, le néant. On aimerait nous faire croire qu’on travaille à la reconstruction. Mais à la reconstruction de quoi au juste ? Que l’on me donne une seule bonne raison de croire que le sport d’élite en Suisse, objet de nos rêves, fédérateur et rassembleur, a un avenir. Y croire, en parler même, c’est se mettre le doigt, pardon, le bras dans l’œil.

Sion finira par mourir aussi, je te le promets. Et ce n’est pas les tristes gesticulations, maladroites aussi, de quelques bornés du gros de Vaud qui permettront au football de revivre, de déplacer les foules. Leurs espérances sont risibles et méprisantes, la sanction, elle, n’a pas tardé.

Alors, je pose une question: de quoi rêvent nos jeunes aujourd’hui ? Pour nous qui nous sommes enflammés sur les dunks rageurs de David Brown à l’Arnold Reymond un samedi soir (sur la terre), nous qui nous levions pour les miracles de Chapuisat à la Pontaise (21′000 spectateurs un soir contre Sion, ça fait rêver non ?), nous qui avons porté, jusqu’au dernier son de nos cordes vocales, la bande à Lussier vers le plus beau des exploits, la plus belles des soirées; comment imaginer vibrer, se passionner, rêver en Challenge League, en LNB ou à la 12ème place du classement ?

Mais quel con ! Même pas 30 ans, et je fais déjà le nostalgique, la honte. Les jeunes aujourd’hui vibrent avec Ronaldinho, la Champions League, le championnat d’Angleterre. Il faut à peine 50 balles pour rallier Londres, Paris ou Amsterdam dans un avion tout confort. Il faut un chat, un forum pour écrire, échanger avec Zidane directement ou le plus ultra des fans de la Lazio. Et puis il y a Federer. Nous avons eu Rosset, mais vivre ses 20 ans avec Federer, c’est quand même autre chose. Qu’aurions-nous donné à 15 ans pour voir un Suisse briller au sommet de l’élite mondiale ?

Alors au fond, rien n’a changé ! La passion reste et perdura encore longtemps. Il n’y a que quelques vieux nostalgiques, que quelques passionnés (nous !) pour croire qu’il existe un avenir au LS, à Servette, à Gottéron. Un avenir sans mécène bien sûr, “parce que ça ruine un club”. Un avenir sans investisseurs étrangers, “parce qu’ils ne connaissent rien et pillent nos clubs”. Un avenir sans télé et sans sponsor parce que ça n’existe plus en Suisse.

Le modèle est mort, le spectacle est ailleurs, la passion perdure: Bienvenue dans le nouveau Carton Rouge !